Je tiens assez souvent mes promesses. Enfin j'essaie. Enfin quand c'est pas des trucs sexuels en échange d'une vodka... (c'est fini tout ça ...) En revanche quand c'est gratuit et au dépend d'autrui et bien je promets.
Rappelez-vous, je vous laissais la semaine dernière, dans la Bodegua de la Mierda, un garage pourri, rempli d'hétérosexuels bourrés au banga vin rouge, situé rue du cholestérol à Cologne dans le Gers.
 |
| si c'est pas malheureux ... |
Là-bas, loin de nos villes, de nos villages, l'hétérosexuel gersois se reconnait à sa forme ovale. Il est nourri à la peau de magrets de canard grillée, assez mou de la ventrèche et il a la tête terriblement rentrée dans les épaules, son absence de cou est une originalité périgourdine et congénitale, cela n'enlève quasiment rien au charme de cette montagne de chair persillée de gras déguisée en idiot du village, puisqu'il a aussi de très beaux cheveux bruns qui poussent drus juste au dessus de ses sourcils.
Ils étaient plusieurs spécimens du genre dans ce garage, à dodeliner du chef sur "Touch me" de Samantha Fox...
Je sais pas vous, mais moi cette chanson, elle me fait dodeliner de partout même du cul.
Avec Grande Mamelle, nous avions déjà vidé la cave de l'unique bar de ce bled à la con un peu plus tôt dans la soirée, nous étions donc déjà fort chargés de liqueurs en tout genre à l'heure de la dégustation du Banga vin rouge ....
Nous aurions mieux fait de nous tenir à un verre de jus de canard pressé...
Pensez-vous !!
Grande Mamelle hurlait à la mort le refrain de la chanteuse mamelue.
Elle pensait comme d'habitude que son charme et le contenant de ses balconnets suffiraient à faire oublier les décibels éructés.
Elle avait raison. J'eu beau me tortiller dans tous les sens en me tripotant le téton à vif, ils me regardaient tous, hagards comme une poule qui trouve un couteau suisse...
Grande Mamelle en revanche a su les subjuguer.
Un coup de fesse à gauche, un autre à droite, la tête dans le bol à sangria, les mains sur ses excroissances mammaires qui défiaient les lois de la physique.
Ce soir, les hommes sont trempés de sueurs. Au bord du malaise, quelques-uns tentent une approche, mais Grande mamelle est ce soir la Zingara, l'Esmeralda de la Bodega de la Mierda, la Zora la rousse de cette cours des miracles ou tous les hommes perdent leur substances par le nez et le zizi, pour devenir des Frollo et des Quasimodo soumis aux ordres de cette papesse aux seins dithyrambiques.
Moi rien. J'aurais pu m'asseoir nu en pétant dans le bol de sangria. Rien.
Je laissais Grande Mamelle prendre le contrôle de la nuit.
Quand enfin elle se libérait du bol de sangria, elle vit le doux visage d'un David Hallyday des dimanches et jours fériés qui avait le zizi tout dur la couvait du regard de l'amour infini et imbécile des films de Rohmer... Un gersois gaulé comme un entonnoir à gaver les oies, mais blond. Mais blond à un point que s'il était né en Alsace, on lui érigerait une statue avec des femmes veuves et mouillées de larmes lui effleurant la braguette...
Il se lançait dans une folle parade amoureuse, un genre de jerk à deux temps, qui enrôlait Grande Mamelle dans une histoire de fou.
Avec des soubresauts de jeune cabri, il arrivait quand il visait juste, à mettre la langue dans la bouche de mon amie, avide de sensations buco-génitales. Il aurait très bien pu se passer de cette danse ridicule, Grande mamelle faisait tellement de rétention sexuelle depuis des années, qu'elle l'aurait aspiré rien qu'en s'asseyant sur ses genoux.
Las, je me cassais. Je laissais mon amie à la merci de rugbymen en rut, qui n'avaient pas vu de vraie femme depuis la dernière rediffusion de la Cuisine des mousquetaires sur FR3 en 1989...
Hélas je n'ai point fermé l'oeil de la nuit, rongé par l'inquiétude et par l'acide chlorhydrique que je rendais aux égouts à cause de ces mélanges inquiétants que je venais d'absorber en quantité rigolote. Dans banga il y a de l'eau, oui mais pas trop.
Grande mamelle tardait. L'aube se pontait comme tous les matins avec sa rosée qui trempe les espadrilles et fait puer des pieds. L'aube et son cortège de cliché à la con qui sent le café et les câlins de familles nombreuses le dimanche matin.
Rien de tout ça. Grande mamelle n'étant toujours pas rentrée, je me décidais à l'attendre dans la rue.
D'abord comme un mirage dans la brume de l'été, une forme avec des gros seins se dessinait. C'était elle. Elle se cognait dans les immeubles mais surtout, elle tenait dans sa main crispée, son soutien-gorge (ou son slip je ne sais plus).
A sept heures du matin, je savais que Grande Mamelle n'était pas morte dans la nuit.
Elle avait retrouvé le chemin de la maison par je ne sais pas quel miracle, guidée peut-être pas les effluves des croissants, que Frédérique faisait frire pour le petit déjeuner avec du jambon de Bayonne et des gésiers de canard au lard.
La véritable histoire, personne ne la connait. Grande Mamelle mourra un jour en emportant le secret de sa nuit dans un tombeau avec des faux seins en granit.
Cependant, j'ai pu lui arracher, entre deux hoquets de banga rance, un résumé de sa nuit avec David Hallyday le Gersois:
Après quelques lambadas très en vogue en cette fin de siècle, il lui proposa quelques verres d'alcool de canard, puis une cigarette sur le bord de la route avant que de l'enfoncer ....... dans le sous-bois.
La nuit lourde, se posait comme un rideau de velours dévoré, tricoté par Barbara avant qu'elle ne meure d'asthme sous des tonnes de clichés poussiéreux, sur cette nature... Mon amie se convainc que des choses et des fluides seront échangés. Peut-être même des trucs cochons avec la bouche et des doigts avec du gel.
Et c'est l'aube imbécile et frileuse, celle-là, à la con comme un film de Rohmer, qui réveillera de sa fraîcheur ma douce amie Grande Mamelle, en lui caressant sa grosse joue comme pour lui dire " OH connasse, debout ton ange blond s'est fait la malle ".... De là à penser qu'il était éjaculateur nyctalope et précoce il n'y avait qu'un pas.
Mais ce matin là, au dessus du visage de Grande Mamelle, broutait un cheval qui se demandait sans doute ce que faisait cette belle dame, les seins évadés, couchée sur l'herbe grasse.
L'ange blond se serait transformé en cheval, pendant la nuit, ou était-ce le cheval, qui par une belle nuit d'été gagnait les faveurs de sa marraine la fée qui le transforma pour quelques heures en un ange blond ?
Laissons à Grande Mamelle le secret de son conte de fée obscène. Elle sait. Moi pas.
Mais quand même. Je me le serais bien fait ce blondinet à la langue d'oc ....