La Grande Mamelle est mon amie.
Ceux qui me lisent ont bien compris qu'elle est celle que je préfère, mon souffre-douleur, mon immense fou rire, mon sang, ma rate, ma synovie.
Grande Mamelle a sans aucun doute une intelligence qui lui sert régulièrement à bien autre chose qu'à cogner, l'un contre l'autre deux cailloux pour faire du feu ... Elle sait comme moi compter 2 par 2 en laçant ses chaussures, sans avoir à se baisser...
Elle sait, sans effort aucun vous lâcher une thèse assez sérieuse sur un vieil élu insulaire, qui pensait qu'il fallait bien qu'un jour, les chiens se taisent ....
Ma Mamellissima a le verbe certain, elle est LA concordance des temps, elle t'engueule à l'imparfait du subjonctif et en alexandrin ce qui reconnaissons-le, est aussi énervant qu'inutile.
Elle sut même faire de jolis enfants assez nerveux, alors qu'elle n'eût aucun tropisme à la vie du mammifère nain commun à nos sous-bois, sauf ceux du Bois de Boulogne au petit matin...
Malgré tout, elle acceptait de convoler hétéro-sexuellement avec Herr Mamelle, garçon bien sous toutes les coutures, mais très éloigné du Bois de Boulogne et de l'accord du participe passé avec le verbe "peder".
Mais revenons au temps d'avant le mariage et de ses conséquences sans pilule du lendemain...
Revenons dans les années 90, ou l'enfant n'était pour mon Immense Mamelle, qu'un cauchemar rose et dodu à la molle et vulnérable fontanelle ... Un futur pas évident.
A cette époque, la mère de ma Mamelle attendait sa retraite d'artisane, en remplumant avec du cheveux de mort, des crânes condamnés au crématorium par le mélanome facétieux et la métastase goguenarde.
Hélas, son salon pré-mortuaire manquait de clinquant, usé par les nombreuses émanations de chimiothérapies inutiles.
Elle décidait de se servir de nous, pour lui redonner un coup de jeune et à grands coups de pinceaux trempés dans la Valentine blanche et laquée, nous redonnions vie à ce lieu, qui allait en perdre tellement plus tard.
Je me transformais en peintre-ouvrier comme d'autres amis du moment, quand retentit cet après-midi là, le téléphone du salon des amis de Léon Schwartzenberg qui n'était pas encore mort du cancer du porte-monnaie :
sans doute une future chauve ou un travelo souhaitant le resserrage de sa moumoute, Dalida soldée, star moisie d'un cabaret bas-rhinois .. Ni Maman Mamelle ni moi, avions les mimines assez propres pour répondre à cet appel désespéré, nous sommions alors Ma mamelle d'expliquer à la suppliciée, que le salon sera fermé pour quelques jours, à cause de menus travaux qui redonneront lustres et joie de vivre aux condamnés de Villejuif.
Ma Mamelle littéreuse, loin de toutes les contingences terrestres, mais si obligée à cause de ses mains propres, décrochait et oubliait en une nano seconde, 20 ans de grammaire et 5 ans de sémantique à la con et répondit à la suppliciée métastasée :
-" C'est fermé.. C'est congé de peinture" ...