Le rapport avec la disgracieuse cabaretiste , hurleuse d'hymnes crypto-gays et auteure du Guide du Routard sur New York, n'est pas évident, mais je ne résiste jamais à un joli titre.
Si ce titre est poussif, l'histoire que je m'apprête à vous livrer ce soir, est réelle.
Je vous parle d'un temps que les moins de 20 ans n'ont pas eu la chance de connaître, ils sont si désespérés à compter les points d'une retraite qui se barre en testicule et à contempler le romantique TEG d'une future maison Jacques Ribourel, à l'ombre des platanes de la rue du Gland , l'impasse si convoitée du lotissement "Claude Barzotti", grand pourfendeur de la pizza à la cancoillotte .. Je me rapproche je me rapproche ......
C'était le mois de février, son ventre était bien rond, c'est vrai qu'on l'attendait, on voulait l'appeler Jason.
Moi aussi j'ai eu un jour 10 ans de moins, et c'est dans ces circonstances que la honte, la pire, l'indélébile, se pointait. Cette honte qui restera pyrogravée sous le couvercle de mon cercueil, si je ne meure pas dans un avion, mon corps dévoré par les requins en cuir d'eux mêmes, très chic, à l'inverse de la morue des mers froides, si mal habillée.
Un dimanche soir que je me dandinais sur le zinc de quelques bars démodés de la ville, les veines chargées de gamma glutamyl transpeptida à l'orange, je me fais inviter par mon meilleur ami de la soirée, à poursuivre dans un autre endroit qui servait le même cocktail, parce que si je fais des mélanges, je vomis assez aisément dans le Chantal Thomas en voile de soie de ma voisine de cendrier (heureux temps on nous pouvions nous fumer la bronchiole comme une morteau, sans en mourir ...).
L'endroit s'appelait le "Dioclétien Palace" et j'avais 20 kilos de moins. Nous fîmes la même chose qu'avant, mais ailleurs, ce qui est vachement mieux. J'a bu des gamma glutamyl transpeptida mais avec du Perrier dedans, pour la ligne, plusieurs fois... J'ai même trinqué avec ma voisine au Chantal Thomas, qui en fait, était un Etam car elle venait de Wittenheim et s'appelait Katia.
La musique mélopait, hardcorisait.
Ma chorégraphie déliait les bourses... Et tirait les VISAS des poches boursoufflées par des sexes tuméfiés de désir.
Je n'étais qu'icône devant qui l'on posait, en offrande, les verres d'alcool qui me permettaient la transe, la danse finale, le boogy woogy, le lambeth walk et le hully gully si cher à Line Renaud, quand un homme en noir, l'oreillette en érection me demande enfin de le suivre afin de vivre cette parade amoureuse, en un lieu plus cosy et moite.
Voilà que le dehors pointe, et le frais du petit jour me saisit et me dégrise. Mon prince noir a disparu et la lourde porte de mon temple est définitivement scellée. Je cours, me cogne aux arbres à cause de tout ce Perrier ET soudain, soudain la faim. Celle qui fait souffrir. Celle que l'on adore ressentir, quand, le dimanche, la table est mise et le bourguignon surgit. Mais là, point de bourguignon, point de petits cubes de charolais délicatement revenus au beurre, point de cette viande violée par le vin, point de ce jus d'encre parfumé, épaissit par la réduction ... Non non, juste une faim de merde, une faim qui vous rend capable d' ingérer un big mac au sunday caramel.
Mais Dieu existe, il a fait cohabiter une pizzeria à côté de mon temple de la danse. Je dégaine la carte bleue de ma poche si vide, et commande une reine à emporter. Oui oui.
Tout va très vite. Un ami que j'appellerais Emmanuel, car c'est son prénom, me propose de me ramener dans ma maison, je lui demande quelques minutes de patience, car ma pizza cuit.
Emmanuel ne m'a jamais attendu, et je ne l'ai jamais revu de ma vie (sauf sur un site gay, il avait, lui aussi 10 ans de moins .. Pour draguer les passifs contrariés, ça doit le faire.)
Plus tard, des traces de boue sur mes jeans trahirent une chute dans un buisson, dans lequel j'ai commencé ma nuit.
Je n'ai que peu de souvenirs de ce buisson, mais il a bien fallu que j'en sorte pour pouvoir rejoindre l'abris-bus.. anti-chambre de la voie rapide ... Cette "maison "providentielle" et libre de suite, possédait un banc à l'abris des intempéries, il semblait avoir été posé pour moi. Alors je m'y vautrais, en faisant attention à ne pas abimer ma pizza encore tiède.
Vers 9 heures du matin, j'ouvre un oeil un peu collé de conjonctivite, et salue chaleureusement tout ces travailleurs du lundi matin, qui attendent leur tram numéro 2. Je suis recroquevillé sur ce banc salvateur depuis 4 heures... J'ai toujours en main ma Carte Bleue, et sous ma nuque, ma pizza reine est bien calée...
Je me lève, ma veste Paul Smith est à peine froissée.... restent les traces de boue séchée sur mes genoux et une pizza froide que je dévorais sur le chemin de ma maison.
La honte je vous dit. Mais toute honte bue.....
Si tu veux on se revoit
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